samedi 11 juin 2011

Les gros cons de l’année : le bilan des Belges à mi-parcours (les favoris selon AL)

Juste avant les vacances estivales, il est peut-être de bon ton de tirer un premier bilan. Le classement général n’est toujours que provisoire mais on sent le titre de plus en plus convoité, tant les candidats à la victoire finale rivalisent d’ingéniosité pour sortir du peloton et espérer franchir la ligne d’arrivée en tête. A six mois des votes pour attribuer la palme du gros con de l’année, ça frotte, ça parade, ça gratte de la patte. Chacun y va de sa propre tactique : toujours à l’attaque façon Jacky Durand, discrètement installé en queue de groupe en attendant les Alpes comme l’infâme Miguel Indurain ou prêt à tout miser sur un seul exploit à la manière de Laurent Jalabert.

Liste non exhaustive mais hautement subjective, voici mon premier bilan des Belges après bientôt six mois de compétition.

Le député et président du MLD Laurent Louis, pour sa régularité et son abnégation

S’il ne passe pas les Champs avec le maillot jaune, Laurent Louis emportera à coup sûr la vareuse de la combativité. Au moins une fois par semaine, le plus regrettable des Nivellois dépose sa proposition de loi insolite, espérant encore faire la Une des journaux. Même Le Soir, l’agence de pub officieuse de Ryanair, ne diffuse plus ses communiqués plus alambiqués les uns que les autres.  Parmi ses plus belles échappées, rappelons l’idée du permis de nationalité à points, celle du permis pour avoir des enfants, ou plus récemment sa confusion des rôles boiteuse face aux crimes contre l'humanité commis en Libye.

Son avantage : une stratégie de communication proche de l’acharnement thérapeutique qui porte ses fruits : déjà 112 fans sur Facebook.

Son point faible : pourra-t-il tenir le rythme jusqu’à la fin de l’année ? Sa dernière proposition (l’interdiction des corridas en France) semble indiquer un léger essoufflement. Aurait-il grillé quelques cartouches dans son effort de 15 minutes en face caméra ?



Le ministre de la Justice Stefaan De Clerck, dans la catégorie « Et ma langue, c’est du MDF ? »

Politicard catho recyclable (mais dans quel sac ?), Stefaan De Clerck s’illustre régulièrement par ses prises de positions ultra-conservatrices. Dernière en date, sa sortie sur l’amnistie des collaborateurs de guerre n’aurait pas vraiment tranché dans une Flandre qui avance de plus en plus au bruit de bottes. « Se montrer adulte et savoir oublier », rien de choquant au nord du pays. Sauf qu’au moment de se rétracter, De Clerck empoche la victoire d’étape avec un argument massue : l'erreur de traduction alors qu'il ne s'exprimait pas dans sa langue maternelle. Argument génial, mais loin de faire l'unanimité.

Son avantage : déjà plus de 10 ans d’expérience au service de la connerie universelle.

Son point faible : une certaine tendance à être trop vite satisfait de sa prestation.

Vic Van Aelst, avocat et nouvelle recrue de la N-VA dans la catégorie « Speak Flemish or Die »

Un petit jeune qui monte, qui monte. Déclarations tonitruantes dignes du Voorpost, aucune retenue dans le propos, la haine qui se vomit par hectolitres. Vic Van Aelst, nouvelle recrue du premier parti du pays, ne s’en cache pas : il a la haine du francophone et il compte bien la répandre partout en Flandre. Les idées de « viol de la langue flamande » par les francophones, de « colonisation » et de solidarité envers les Turcs plutôt qu’envers les Wallons  ont produit leur effet. Vic est désormais également connu au sud du pays. Ceci dit, il serait faux de croire que ses exploits sont inattendus. Il s’était déjà illustré par le passé par ses positions, disons, heu, complaisantes à l’égard d’un certain racisme ambiant. Evidemment, Vic en garde sous la pédale. Reste à savoir si son attaque ultime (« Un bon francophone est un francophone mort »), qu’il compte placer en toute fin de parcours, surprendra encore les vieux crocodiles du peloton.

Son avantage : toujours plus loin, toujours plus fort s’il évite les contrôles anti-dopage.

Son point faible : beaucoup de concurrence au sein de son équipe. Il pourrait faire de l’ombre au capitaine et se retrouver contraint de céder son bidon dans les derniers kilomètres d’ascension.

Alexandre Mitea, (apprenti) journaliste à la RTBF

C’est un autre petit jeune qui monte, qui monte. Mais au sud du pays, cette fois. Alexandre Mitea, c’est le journalisme caca-boudin dans la grande tradition des Michel Bouffioulx, Gilbert Dupont ou Pascal Vrebos. C’est le gars qui rêvait d’être journaliste et qui s’est réveillé un matin avec un micro. C’est RTL-TVI, mais sur les antennes du boulevard Reyers. On retiendra bien entendu son « reportage » sur les funérailles de Marie-Rose Morel, qui a froissé toute la Flandre. Un reportage merdeux, moins sur le fond (nous avons déjà dit ici tout le bien que nous pensions de l’intéressée) que sur la forme : un billet bête, mal torché, mal recoupé, sans aucun travail de recherche et qui ne donne la parole à aucun des intéressés. Bref, le petit Alexandre veut jouer aux éditorialistes engagés mais oublie de relire ses cours de journalisme avant de sauter la tête la première. Résultat : alors qu’il tenait un sujet vraiment polémique, il réussit à planter le débat avec des fautes professionnelles dignes d’un stagiaire à AB3. Ses errements déontologiques jettent une nouvelle fois le discrédit sur les médias francophones, par effet de ricochet. Depuis lors, il tente tant bien que mal de se refaire un nom dans le milieu en ternissant encore un peu plus l’image de la Wallonie. Mais une fois qu’on a flirté avec le caniveau, difficile d’en ressortir.

Son avantage : une belle gueule qui pourrait lui valoir un premier rôle dans un éventuel remake de CHIPS.

Son point faible : qui regarde encore la télé aujourd’hui ?

Michel De Herde, échevin du budget à Schaerbeek (FDF)

Personne ne semble s’en émouvoir, mais Michel De Herde, c’est un peu toutes les causes de la crise financière de 2008 concentrées dans quelques phrases mal placées. Resituons : via leur participation dans le Holding communal, la plupart des communes belges sont actionnaires de la banque en faillite virtuelle Dexia. Cette participation rapporte, en cas de bonne santé financière, des dividendes aux actionnaires. Michel De Herde mène depuis le début de la crise la fronde des communes qui s’offusquent de ne plus percevoir les dividendes annuels liés à leur investissement. Un dividende de 13% (!!!), inscrit au budget communal. Michel De Herde ignore ainsi plusieurs réalités. Primo, être actionnaire, c’est courir un risque (dans ce cas, avec l’argent du contribuable). Commune ou pas, tout le monde est logé à la même enseigne. Quand on place son blé dans des actions, on risque de tout perdre. Secundo, exiger 13% de dividende, c’est justement ce que font les Hedge Funds qui ont foutu toute l’économie mondiale au tapis. Un peu de bon sens ne ferait de tort à personne. Non, vraiment Michel, tu es trop con…

Son avantage : il ne semble pas avoir pris conscience de son statut de favori et n’est soumis à aucune pression.

Son point faible : tout le monde se contrefiche de la finance.

Gros cons de l'année : la compétition se poursuit, avec vote des internautes en décembre. La présentation des favoris continuera avec les autres catégories et les pronostics toujours affûtés de Niaco. 

vendredi 10 juin 2011

Mondes parallèles

Je rentrais du boulot, 20 minutes de marche, il pleuvait des seaux. Mon froc imbibé d'eau pesait bien 5 kilos, et l'eau qui ruisselait du haut de mon crâne me creusait des rides par érosion. Même ma veste en gore-tex commençait à douter de son imperméabilité. Bref, je marche le long du boulevard sous une putain de drache.

Je marche depuis un quart d'heure quand arrive en face de moi un type en short, son sac à dos sur la tête en guise de capuchon. Moi, j'ai la gueule du mec qu'on a balancé à la flotte tout habillé. Nos regards se croisent, et nous échangeons un sourire rigolard devant nos dégaines respectives, sans se parler ni s'arrêter.

Je continue ma route trempé mais hilare.

Sur le boulevard, avec la pluie et l'heure de pointe, c'est tout bouché. Je regarde les gens bien au sec dans leur bagnole.


Ils tirent tous la gueule.


(PS: petite dédicace à Anne pour le titre)

vendredi 3 juin 2011

Le jour de la marmotte de Schrödinger

Quelque chose cloche dans la réalité.

Ca a commencé au mois de mars, avec des températures douces et un temps sec. Au début je n'ai rien vu, trop heureux de profiter d'un peu soleil après l'hiver. Pour une fois qu'il ne pleut pas dans ce pays merde, j'allais pas commencer à me plaindre. En fait, j'en ai tellement profité que je ne me suis pas rendu compte qu'il n'avait pas plu du tout. En Belgique. En mars. Mon grand-père a bien essayé de m'avertir entre deux quintes de toux glaireuses mais depuis qu'il se chie dessus, je ne m'approche plus assez pour comprendre ce qu'il raconte: quand il disait "giboulées", j'entendais 'sales bougnoules". Saloperies de préjugés. Si le vieux était pas aussi raciste, j'aurais vu les choses venir.

Il y a bien eu Fukushima, mais, distrait par les premières mini-jupes et le dernier Mortal Kombat, je n'ai prêté qu'une oreille distraite aux bulletins annonçant que le nuage radioactif atteindrait l'Europe mais épargnerait la Belgique. Quand j'en ai parlé à mes amis, bien plus tard, ils m'ont traité de naïf et m'ont ri au nez d'avoir avalé la "propagande" gouvernementale. Bien que nous n'ayons toujours pas de gouvernement, mon esprit, trop occupé à savourer une Rochefort en terrasse, ne s'attarde pas sur la faiblesse de l'argument.

Arrive avril. Fidèle au proverbe, je ne me découvre pas d'un fil. J'évite également de lever les bras car mon gros pull en laine me fait des auréoles comme les étangs d'Ixelles. 25 degrés à l'ombre. Le temps est passé de l'hiver à l'été sans se perdre en préliminaires, à l'inverse des négociations gouvernementales. Autour de moi, une euphorie estivale s'installe. Les pouffiasses se réjouissent des économies qu'elles vont faire en bancs solaires, le marchand de gaufres se transforme en marchand de glaces, on voit même passer un ou deux connards en quad. Tout le monde se sent en vacances, et profite du beau temps qui pourrait changer du jour au lendemain. Sauf moi, dont le col roulé et les moonboots dénotent dans la foule des filles en sandales et des mecs en marcel. Les gens me regardent d'un drôle d'air, alors que je suis le seul à porter des vêtements de saison. Je me console dans la mesquinerie, et attends avec une joie mauvaise le retour aux normales saisonnières (froid déprimant et pluie dégueulasse). En vain.

Mai. Ma grand-mère, dont les douleurs aux genoux prédisent l'arrivée de l'orage, s'est mise au skate-board et à l'escalade. Cette fois, c'est sûr quelque chose cloche. Les beaux jours s'enchaînent avec une constance qui n'a d'égale que la monotonie des négociations institutionnelles. Le soleil est devenu aussi normal que les insultes de la N-VA. La psyché collective voit la formation du gouvernement et le prochain orage de la même façon, comme des événements inévitables, mais tellement éloignés dans le temps qu'il n'est pas nécessaire de s'en préoccuper. Trop heureux d'avoir troqué mes moonboots pour une paire de sandales, je partage un temps cette insouciance.

L'affaire du volcan islandais la fera voler en éclats: alors que c'est le branle-bas de combat dans l'espace aérien européen, le nuage de cendres épargne la Belgique. Comme pour Fukushima. Mon instinct de policier trouve tout de suite ça suspect. Des années d'expérience (9 saisons des Experts, sans parler des spin-offs) qui complètent une éducation baignée dans le milieu (Starsky et Hutch, Matt Houston sans oublier Rick Hunter), ça vous affûte le sixième sens comme un Gillette 15 lames.

Je lance mon enquête, mais j'ai beau utiliser toutes les ficelles du métier, je piétine: aucun dealer noir ne semble savoir quoi ce soit. L'actualité belge varie aussi peu que la météo: la N-VA insulte les francophones plus ou moins ouvertement, lesquels s'appliquent à faire semblant de n'avoir rien entendu. Par contre, ailleurs ça remue pas mal: DSK arrêté, les indignés en Espagne, le foutoir en Libye, Mladic arrêté, les concombres tueurs en Allemagne, puis partout en Europe. Partout? Vraiment? Non, une fois de plus, la Belgique est épargnée.

Mon instinct de scientifique trouve tout de suite ça suspect. Des années d'expérience (Star Trek, Star Wars, Starship Troopers) qui complètent une éducation baignée dans le milieu (Star Wars, Star Trek, Starmania), ça vous affûte le sixième sens comme un sabre laser.

Je reviens donc aux faits: un climat anormalement clément qui semble se prolonger indéfiniment, des négociations qui semblent se répéter à l'infini, des catastrophes qui évitent systématiquement la Belgique... Bon sang! mais c'est bien sûr: la réalité a été altérée. Nous vivons dans une bulle régie par des lois qui n'ont plus aucun lien avec le monde réel. La preuve: les Diables Rouges auraient toutes leurs chances contre la Turquie, et les supporters sont derrière eux.


Fort de ma découverte, je cherche un moyen de retourner dans le monde normal, bien que ce serait pas mal de voir une fois les Diables Rouges gagner...


Nous sommes maintenant en septembre. Il fait toujours 25 degrés à l'ombre. Le soleil se couche à 22h30 depuis juin, et le ciel est si dégagé qu'on envisage de remplacer la centrale de Tihange par des panneaux solaires. Une seule chose évolue: les insultes de la N-VA. De plus en plus ouvertes, de plus en plus méprisantes. Hier, De Wever a traité Di Rupo de "sale pédale à noeud pap'" et j'ai bien vu qu'Elio avait du mal à faire semblant d'entendre "la réforme de l'Etat". Depuis l'échec de sa mission de formatteur (avec deux T, pour éviter de nouvelles élections), Elio et ses copains encaissent pas mal. Il faut dire que la N-VA ne peut pas contrôler tout ce que disent ses 30.000 membres, qui eux ne se gênent pas pour donner leur avis à la télé.


J'ai l'impression qu'on est quelque part entre Un Jour sans fin et le chat de Schrödinger: le jour où un politicien francophone traitera enfin la N-VA de sales fachos de merde, et brisera ce statu quo illusoire, la pluie, les cendres radioactives, les concombres tueurs et tout le reste du monde réel nous tomberont sur la gueule d'un seul coup.

J'ai l'impression qu'on l'aura un peu cherché, quand même.

mercredi 4 mai 2011

Les coulisses d'une campagne avortée

De notre envoyé spécial à Islamabad.

Samedi 30 avril : on s'active au service de presse d'Al Qaeda. Il faut dire qu'on est sur le point de lancer la plus grande campagne marketing de l'année. Un budget de 5,4 millions de dollars pour une action publicitaire d'envergure internationale. Derrière son MacBook, le directeur marketing de l'organisation terroriste explique : "Avec l'essor des nouvelles technologies, nous sommes désormais obligés de raisonner en termes de time-to-market. Une campagne comme celle-ci, c'est une année complète de travail, cinq créatifs à temps plein, le concours d'une vingtaine de consultants en planning stratégique et d'une agence média. Néanmoins, tout ce travail peut se retrouver réduit en miettes pour une simple erreur de calendrier."

Dans son grand bureau prêté par les Talibans pour l'occasion, Jacques Séguéla ne quitte plus sa Rolex des yeux. Le compte à rebours a commencé. Encore quelques heures et il pourra lancer la campagne de sa vie, l'aboutissement de toute une carrière passée au service de la réclame. Il se souvient encore de la promesse qu'il a formulée au chef des enturbannés : "Tu me demandes de t'offrir Dieu. Moi je vais plus loin : je te fais Dieu." Promesse qui justifie amplement ses honoraires de 1.000 dollars l'heure.

Tout d'un coup, ça s'agite. Le chargé de clientèle, qui s'apprêtait à sabrer le champagne, demande à l'assistante de production d'arrêter de tartiner les biscottes aux rillettes. D'un seul bond, toute la salle se lève et braque les yeux sur l'écran plasma qui orne le mur de la salle de rédaction. Le directeur marketing bouscule ses subalternes, se plante net devant l'écran et découvre les images de l'allocution du président américain. D'un geste vif, il frotte les restes d'un rail de pure colombienne qui lui irrite encore la base des narines et marmonne dans sa barbe drue : "Fils de pute..."

Séguéla accourt, mais il est trop tard. "Les Burgers nous ont devancés. Ta stratégie médias, c'était de la merde, Jacques. DE LA MERDE !" Le roi de la pub se retourne, l'air interrogateur, vers le chargé de clientèle, raide comme pied de chaise à côté d'un flipchart qui résume les grands axes de la campagne à coup de parisianismes savants : territoires de communication, stratégies de contenus, leadership international, diversification marchés, web 3.0,  rétention clients, captation par la confusion, appel à la mémoire affective, le modèle McDo, etc.

Le consultant en chef en prend pour son grade : "Jacques, toi et tes claque-merdes, vous êtes virés. Tes honoraires, tu peux te les foutre au cul. Et tu dis à ta salope d'assistante de production de reboutonner son chemisier Chanel et de ramener ses rillettes qui puent dans le XVIe. Vous décollez pour Paris avec le premier avion. C'est Moktar qui pilote." 

Séguéla, décontenancé, remballe son laptop dans son sac Louis Vuitton. Avant de quitter les lieux, il se fait interpeler une dernière fois par le directeur marketing : "Jacques ! N'oublie pas que c'est Moktar qui pilote. Faites gaffe à ne pas accrocher la Tour de la Défense en rentrant ! Hahaha !" La blague fait son effet dans la salle de rédaction qui résonne des rires gras de l'assemblée. Dans l'ascenseur Schindler, Séguéla confie à voix basse à l'assistante de production : "Dans ma carrière, j'ai servi tous les pourris de cette planète. Je me suis mis à plat ventre devant les plus grands salauds. Mais y'a pas à dire, ces Islamistes, je ne comprendrai jamais rien à leur humour..."

En exclusivité : le communiqué de presse qui était censé être publié par Al Quaeda ce 1er mai et que nous avons retrouvé dans une poubelle, au milieu des boîtes de rillettes.

Al-Qaeda annonce la mort du président américain Barack Obama

Islamabad, 1er mai 2011. La fête du muguet aura des relents amers de New York à Los Angeles, cette année. L'organisation islamiste Al Qaeda annonce par la présente avoir capturé et assassiné le président américain Barack Obama, lors d'un raid opéré sur le restaurant McDonald's de Millau, dans l'Aveyron. Les autorités françaises n'ont pas apporté leur soutien logistique à l'opération. 

Aucun jihadiste n'a été blessé dans l'opération. Le corps sans vie du président américain - que l'on peut découvrir sur cette photo qui ne laisse aucun doute planer quant à sa mort - a été, dans le respect des traditions occidentales, transformé en viande hachée et réintégré dans la chaîne alimentaire. "Justice est faite" s'est écrié le président iranien Mahmoud Ahmadinejad en commentant la nouvelle. "Tous les musulmans du monde vont enfin pouvoir vivre en paix." Cette victoire d'Al Qaeda marque la fin de l'hégémonie américaine.
Pour fêter l'événement, Al Qaeda lance dès aujourd'hui une grande opération promotionnelle en partenariat avec les magasins Carrefour : les cartes à collectionner des présidents américains morts.

vendredi 4 mars 2011

Rêve érotique n° 451 : le premier amendement

Fiction en hommage à la liberté d'expression.
Dédicace à tous les Juifs, les Arabes et les Roms qui se reconnaîtront.


La Bar-Mitzvah commençait à virer coton. Assis sur mon lazy boy, ostenisblement indifférent à la scène qui se jouait dans le salon, je sirotais mon cinquième whisky-coca zero de la matinée en regardant Pimp My Ride sur un écran plasma de 102 centimètres de diamètre. Pourquoi 102? Ces Coréens ont-ils des préjugés contre les chiffres ronds ? C’est encore un truc religieux ? Et puis c’est quoi leur religion, aux Coréens ? L’idée d’un geste commercial du patron de LG me paraissait assez saugrenue : vous vouliez un écran de 100 centimètres, il m’en restait un peu, je vous les ai mis avec. C’est cadeau.

“C’est cadeau”, c’est justement ce que répétait frénétiquement un être hirsute à la peau olivâtre, alors qu’il administrait une lecture très personnelle des Saints Sacrements à la jeune fille, héroïne du jour défoncée aux opiacés, reposant à quatre pattes sur le parquet de son appartement haussmanien, le visage plaqué contre le sol. La famille devait appartenir à un courant extrêmement libéral et moderne du judaïsme puisqu’elle offrait également aux jeunes filles le droit de jouir pleinement du rite d’initiation.
Ses longs cheveux filasses rabattus en avant lui masquaient le visage, mais on devinait entre les mèches collantes la blancheur d’un sourire crispé à chaque coup de bélier de l’hirsute à la peau olivâtre qui, au rythme de mouvements amples du bassin, prononçait les psaumes sacrés de sa propre Tora, une version rarissime introuvable dans le commerce : “C’est cadeau !”

Mes doigts de pied jouaient au whist avec une réplique en plasticine de Shiryu, lorsque je réalisai que les glaçons qui s’accumulaient à la surface de mon verre de Johnny Walker avaient un fort goût de lard fumé. “Ne jamais croquer les glaçons.” C’est ce que répétait toujours mon grand-père lorsqu’il me racontait ses exploits de la guerre de Corée. Tiens, encore ces Coréens, ça vire à l’obsession. “C’est cadeau !”

La jeune fille en redemandait, hurlait, suppliait son bourreau d’arrêter et puis le réclamait encore. Drôle de rituel de passage. J’avais beau avoir roulé ma bosse à travers le monde, de New York à Djakarta, de Libreville à Séoul (encore!), malgré mon intérêt évident pour les fêtes religieuses, l’anthropologie et le tourisme sexuel, je n’avais jamais assisté à une Bar-Mitzvah aussi crue. “C’est cadeau !”, martelait le mâle dominant d’une étonnante générosité. “Prends ça, c’est cadeau !” asséna-t-il une dernière fois avant d’entreprendre un mouvement de recul pour s’essuyer sur les rideaux. La jeune fille s’écroula, exténuée mais visiblement comblée.

L’homme au teint olivâtre s’approcha de l’écran de 102 centimètres, feignit d’ingorer les 2 centimètres de trop, se servit un gin-Ovomaltine et, lorsqu’il tourna la tête vers mon lazy boy, je le reconnus immédiatement: Eric Zemmour en personne, le chroniqueur au grand coeur, attifé comme un iroquois. Son teint un peu moins olivâtre que d’habitude aurait pu me faire douter, mais le tatouage de Michel Sardou qu’il portait sur le bras droit balaya toute forme de soupçon. Il se rinça la bouche d’un lampée de cocktail au malt, attrapa quelques olives dans un grand ravier qu’il avala aussitôt d’un geste cannibale. La star du showbusiness se râcla la gorge une dernière fois.  "Va faire ta toilette, John. Tu me dégoûtes.”  John ? Quel prénom original pour une jeune fille. Je ne comprends décidément plus rien aux traditions ancestrales.

“Je lui ai mis sa race à ce connard.”

Ce connard ? La jeune fille était donc un jeune homme ? Impression confirmée quand la victime sortit des toilettes : la lunette était bel et bien relevée. Le chevelu se joignit à la conversation. En rejetant ses cheveux en arrière, il dévoila un visage meurtri en peau de fricandelle. L’oeil vide, la moustache en tabac de Roisin, la lippe baveuse. C’était bien lui: John Galliano, le célèbre styliste au grand coeur, venait de se faire ramoner le tuyau d’échappement par le chroniqueur parisien. Et franchement, l’air vicié commençait à saturer en particules fines. A en juger les émissions de CO2 dans l’air ambiant, il devait en avoir parcouru des kilomètres ! Zemmour n’était pas du genre à carburer à la sans plomb.

“Ça fait quoi, de se faire déchirer les pattes arrières par une race inférieure, sale pédale?” lui demanda Zemmour.
“J’ai rien senti du tout, salope. On ne peut pas dire que vous soyez équipés comme des chevals !” lui répondit l’ex directeur des collections de Christian Dior, en effectuant quelques étirements des mollets et des ischio-jambiers. Il n’avait manifestement plus la souplesse de ses vingt ans.
“On dit des chevaux, sous-merde. Pas des chevals.”

La conversation prenait une tournure intéressante mais fut interrompue par un individu qui sonna à la porte de l’appartement. Zemmour alla ouvrir. “Merde, c’est Laurent.”

“Laurent Ruquier ?”
“Non, Laurent Louis. Planque vite le coffre à jouets. La dernière fois, il l’a confondu avec le réfrigirateur et il s’est étouffé en essayant de bouffer des playmobils.”

Dans l’encadrement de la porte apparut effectivement le président et unique membre du Mouvement libéral démocrate, accoutré d’un uniforme de pompier. “Salut les loulous ! Je vends des calendriers”, déclara-t-il en grandes pompes. Il entra dans l’appartement haussmanien et, exactement comme Zemmour l’avait prédit, il se précipita sur le coffre à jouets. “Vous avez encore des petits Jésus en sucre?”

Dés qu’il ouvrit la malle, Galliano se précipita sur le joufflu, lui rabattit le lourd couvercle sur les doigts. Penché vers l’avant, prisonnier de ce qu’il pensait être un garde-manger, le député se sentait dans une position particulièrement inconfortable. Et il n’avait encore rien vu. Galliano lui arracha violemment son pantalon ignifuge en grognant : “Je vais t’apprendre à te pointer chez moi fringué en Gaultier, sale Juif !”
“Je ne suis pas Juif ! Je suis libéral démocrate !” rétorqua Laurent Louis, alors que Galliano se faisait reluire le membre avec un morceau de couenne.
“Tu vas sentir la puissance de mille chevals, sale clochard.”

“Mille chevaux, John. Mille chevaux…” soupira Zemmour en se servant un nouveau gin-Ovomaltine. "Ce club de nostalgiques de la liberté d'expression, ça devient n'importe quoi." Il remarqua enfin l’absurdité de la scène : “Il y a deux centimètres de trop sur cet écran, non ?”

“C’était cadeau.”

Foutus Coréens…

6h45 : dring dring. Ils sont balèzes, ces nouveaux somnifères.

mercredi 2 mars 2011

Une controverse qui ne date pas d'hier

De nos archives - Ce mardi la controverse était à nouveau vive au Parlement. La question était de savoir si oui ou non les fours crématoires livrés par la FN (Herstal) ont été utilisés par le régime nazi à des fins d'extermination.

Les flamingants n'ont toujours pas digéré le choix de Berlin comme ville hôte du Mur, au détriment de Bruxelles, et causent des remous politiques qui fragilisent le gouvernement. N'ayant pas encore BHV sous la main pour détourner l'attention, le Premier Ministre a sorti la Question Royale de sa manche jeudi dernier. C'est dire si cette controverse autour de la FN tombe mal pour un gouvernement à court de diversions communautaires.

Pour les syndicats, le débat n'a pas lieu d'être: La licence a été accordée conformément aux critères du Benelux. Le régime nazi présentait tous les gages de stabilité lors de la signature du contrat.

En toile de fond, des craintes pour l'emploi: Il ne faudrait pas qu'à la Shoah vienne s'ajouter une Shoah sociale. La FN c'est beaucoup d'emplois. Et puis, si on n'avait pas construit ces fours, le contrat serait allé aux Italiens, qui s'apprêtaient à signer une commande de fours à pizza (au feu de bois) géants avec le NSDAP.

A propos du refus de l'Angleterre de livrer une commande similaire: Ouais, ben les bombes que les Fritz ont balancé sur Londres, elles venaient de chez nous aussi, et ça, aujourd'hui c'est de l'emploi pour le secteur de la construction. Faut arrêter l'angélisme: les armes ça crée de l'emploi. Ils feraient mieux de nous remercier les Rosbifs, au lieu de donner des leçons.

Côté gouvernemental, on se veut rassurant: J'ai demandé à notre ambassadeur à Berlin d'enquêter sur l'utilisation des fours. S'il s'avère qu'il y a rupture du certificat d'usage final, une plainte sera déposée à la Communauté du Charbon et de l'Acier.

Du côté des victimes, on pleure ses morts.

mardi 1 mars 2011

Opération Shebarc-en-ciel

Nous avons tous un souvenir similaire caché dans les tiroirs de notre enfance. Peu importe comment la scène a commencé, son dénouement est gravé dans le marbre:

- Adulte: Tu ne termines pas tes tripes à la bavaroise sur leur lit de choux-rouges marinés?
- Enfant: Mais j'aime paaaaa
- Adulte: Allez, fais pas tes manières: en Afrique, y'a des enfants qui meurent de faim!

A ce stade, 90% des enfants grommellent dans leur tête qu'on n'a qu'à envoyer leur assiette de tripes à la bavaroise sur leur lit de choux-rouges marinés en Afrique. Les 10% restants le disent tout haut et se prennent une mandale. L'adulte explique alors à l'enfant boudeur que le temps que son assiette arrive en Afrique, les tripes auront tourné et seront devenues immangeables. En général, cet argument massue ruine les derniers espoirs de l'enfant dépité. Qui se prend une deuxième mandale s'il objecte que les tripes en question sont déjà immangeables.

Aujourd'hui, grâce à l'Opération Shebarc-en-ciel, les enfants peuvent enfin réaliser leur rêve et devenir des acteurs de la solidarité Nord-Sud.

Le principe est simple: les bénévoles de Shebarc-en-ciel récoltent vos denrées périssables, de préférence vos restes de repas. Ces restes sont ensuite acheminés dans nos centres de collecte et redistribués à des mémés à chats en échange de boîtes de Sheba. Ces boîtes de Sheba, conditionnées sous atmosphère protectrice et riches en protéines, vitamines et oligo-éléments divers, sont acheminées vers l'Afrique et distribuées aux petits nécessiteux.

Derrière cette simplicité apparente, se cache un projet longuement mûri, réfléchi dans ses moindres détails. En effet, indépendamment de la logistique déployée dans les centres de collecte, il fallait s'assurer de la qualité des produits distribués, aux chats comme aux enfants.

Côté félin, le délicatesse des animaux, et le raffinement de leur régime a nécessité la mise en place d'une base de données complexe afin d'éviter les maladresses dans la distribution. Nous ne voudrions pas que princesse reçoive du stoemp saucisse, alors qu'elle ne supporte que les plats préparés au four...

Côté enfants, il fallait éviter de tomber dans le colonialisme humanitaire. La nourriture pour chiens a été écartée pour des raisons symboliques évidentes, bien que les croquettes Pedigree Pal Junior contiennent tous les nutriments nécessaires à une croissance harmonieuse, en plus de renforcer les dents. A l'inverse, le chat jouit d'une excellente image dans nombre de cultures. En Egypte, qui accueilli la phase pilote du projet, le chat est même divinisé. Quel meilleur moyen de motiver les enfants à terminer leur assiette que leur faire partager la nourriture des dieux?

Pour autant, la dimension diététique n'est pas en reste. Par exemple, chaque barquette de poulet contient: viande et sous-produits d'origine animale (dont 4 % de poulet et 4 % de filet minimum), céréales, minéraux.
Un équilibre sain, qui n'empêche pas de varier les plaisirs et de goûter aux joies de la gastronomie grâce à une palette de goût variée: poulet, dinde, boeuf et même lapin. Le tout sans sucre ni colorant.

Grâce à Shebarc-en-ciel, vous évitez le gaspillage, vous luttez contre la faim dans le monde, et vous offrez aux chats le régime équilibré de plats faits maison qu'ils méritent.

Pour dire je t'aime.